ONDES
URBAINES

Ondes urbaines n°300 - 06/05/2021

Mobilités

Trois questions à Laurence Batlle, présidente du Directoire de RATP Dev



Depuis plus d’un an, RATP Dev, opérateur de mobilités dans sept régions et quarante villes de France, continue à faire fonctionner un service public aussi essentiel que le transport collectif, malgré les vicissitudes de la crise sanitaire. Comment vous êtes-vous organisés ?
En période de crise, on se serre les coudes et on regarde devant !
RATP Dev a travaillé au plus près de ses autorités organisatrices pour comprendre chaque situation localement, analyser les besoins et les contraintes, et apporter de manière très réactive les solutions sur mesure qui s’imposaient. Nous avons redoublé de disponibilité, d’écoute, de partage des informations, pour élaborer en commun les actions à déployer. C’est grâce à leur confiance que nous avons pu mener cet accompagnement de chaque instant, et aujourd’hui encore, sur la durée.
C’est aussi grâce au professionnalisme de nos équipes sur le terrain que nous avons pu réadapter les services de transport selon les décisions prises par nos autorités. Protocoles sanitaires pour assurer la plus grande sécurité et rassurer nos clients voyageurs, modifications des lignes et des horaires… Les process que nous avons développés lors du premier confinement nous ont permis de bien gérer les étapes suivantes.

Quels enseignements tirez-vous de cette situation inédite ?
On est toujours plus fort à plusieurs quand il s’agit de surmonter des difficultés. Ce que je retiens en premier lieu, c’est la force du tandem formé par l’autorité organisatrice et son opérateur, la relation fluide et réactive que nous avons consolidée avec les élus et leurs équipes techniques, la solidarité qui a joué à tous les niveaux. Sans cela, nous n’aurions pu mener correctement notre mission.
Les collectivités ont été durement touchées sur le plan financier – et de fait, RATP Dev, à qui la crise a fait perdre près de 150 M€ en 2020. Les recettes tarifaires ont fortement baissé en raison des chutes de fréquentation, et le versement mobilité a diminué du fait du chômage partiel et de l’impact de la crise sur l’emploi. Avec une offre réduite des services de transport, certaines charges d’exploitation ont baissé mais pas à hauteur des nouvelles dépenses sanitaires. Je dois remercier nos autorités organisatrices qui ont accepté de réexaminer les conditions financières de nos contrats pour garantir au maximum leur viabilité dans un cadre équilibré, et donc la poursuite du service public dans les meilleures conditions.
Puis, dans la phase de reprise, je crois que nous avons su être force de proposition pour mettre en place des Plans de transport adaptés afin d’anticiper la nouvelle montée en puissance de fréquentation, proposer des plans de charge permettant de transporter le maximum de voyageurs.
Grâce à notre outil numérique Citio, nous étudions la réalité du trafic pour mettre en adéquation l’offre par rapport aux besoins. Ce qui nous a amené ici à remplacer un bus par un transport à la demande, ou là, à optimiser les lignes (adaptation de la fréquence de passage, de l’amplitude horaire, notamment en soirée, dans l’offre actuelle comme dans celle à venir). Cette nouvelle génération d’outils numériques rend le transport plus flexible et moins coûteux, ce qui nous permet de continuer à servir les populations comme à Angers, Aix-les-Bains ou Creil.
En second lieu, je retiens un enseignement essentiel : la nécessité de mobiliser toutes les énergies pour mettre l’inventivité au service de l’intérêt général. Paradoxalement, cette crise nous a permis d’accélérer l’innovation et de déployer des systèmes sans contact ou 100 % numériques comme le bouton d’arrêt holographique Holostop, le dispositif prédictif d’information des voyageurs sur le remplissage des véhicules « Thermobus » ou encore la mise en place de tissus autonettoyants.

 



Comment voyez-vous l’avenir ?
Les transports publics sont les modes de déplacement les plus touchés par la crise. Et 30 % des voyageurs habituels prévoient de s’en détourner une fois la crise sanitaire passée... Cette désaffection se produit malheureusement au profit de la voiture et plus heureusement, du vélo. Une partie de la population a encore des appréhensions même si les études montrent que les transports collectifs sont sûrs sur le plan sanitaire. Il y a également la poursuite du télétravail et le développement du commerce électronique qui contribuent aussi à cette baisse de fréquentation, toutefois moins marquée dans les villes moyennes que dans les métropoles. Il faudra probablement attendre quelques années pour regagner la confiance et revenir à un trafic d’avant-crise. Mais restons positifs : nous avons certes perdu 30 % de fréquentation – les déplacements de travail et de loisirs - mais nous en avons gardé 70 %. Il s’agit de clients captifs (scolaires, personnes non motorisées…) que nous devons continuer à servir.
J’ai l’espoir d’un retour proche à une certaine normalité. L’année qui vient de s’écouler a été difficile mais elle nous a tant appris sur nos organisations et sur nous-mêmes. Elle a redistribué les priorités, mis au défi nos capacités d’adaptation et finalement redonné sens à l’essentiel. Je crois en une mobilité du futur plus durable et plus partagée. Nous devons travailler collectivement à redonner de l’attractivité aux transports collectifs, grâce à l’innovation en particulier.
Je veux croire que nous sortirons grandis de cette période.

 

n°300

06 Mai 2021

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Directeur de la publication
Jean-François DEBAT, maire de Bourg-en-Bresse, président de la CA Bourg-en-Bresse Agglomération

Rédaction
Céline Juteau, Armand Pinoteau, Jean-Sébastien Sauvourel, Adrian Philip

Secrétariat
Anissa Ghaidi